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Contexte

Atouts et contraintes pour un changement politique et social réel en Afrique de l’Ouest : le pari d’une gouvernance ouverte et inclusive

Pour apprécier les efforts et initiatives diverses qu’Enda Graf Diapol pris ou auxquels elle s’est associée, il est important de tracer les grands traits du contexte ouest africain, tel que nous avons été amenés à le saisir au cours de nos exercices de diagnostic et de projection…

Au niveau régional, on atteste les tendances suivantes :
L’attention se porte d’emblée sur l’affirmation plus forte de blocs régionaux qui visent à jouer de leur poids sur la scène internationale et dans les principales instances de décision. Tandis que la souveraineté nationale se voit de plus en plus restreinte ; ce qui, du coup, fragilise donc les États dans leurs rôles et leurs devoirs, lesquels finissent par occuper leurs temps à gérer les intérêts contradictoires de divers clientèles. La domination de pratiques conservatrices et de « bricolages » dans le fonctionnement des institutions est l’un des obstacles majeurs empêchant l’émergence de véritables politiques publiques permettant de répondre aux enjeux et susceptibles d’entraîner les ruptures attendues.

Parallèlement, il convient de souligner la forte tendance à l’uniformisation des politiques de développement poussée notamment par les Institutions Financières Internationales (IFI) et suivie par la plupart de grands partenaires au développement et coopérations internationales. Une des caractéristiques de cette nouvelle politique de développement réside dans la réhabilitation des États (appui budgétaire) dans le cadre de ces politiques et de la stratégie de réduction de la pauvreté.

En même temps, au niveau local, des phénomènes spécifiques se posent :
On notera tout particulièrement une demande de gouvernance locale qui s’affirme de plus en plus, pour une meilleure transparence et l’instauration d’un dialogue ouvert et franc entre acteurs. Cette demande s’accompagne d’un désir d’une meilleure gestion des biens communs – insistant davantage sur l’importance à accorder à la qualité et à l’équité. Cette demande accrue semble motivée par un vécu quotidien où la décentralisation reste un phénomène assez étriqué et où l’on ne donne que peu de place à une réelle participation populaire. Celle-ci ne se constate guère dans la pratique. Parallèlement, la société cherche de plus en plus à s’organiser et on note l’affirmation de plus en plus forte d’une citoyenneté active, grâce à quoi elle se pose en contre-pouvoir et tente de se conférer une marge d’action suffisante pour structurer l’évolution des phénomènes.

Malgré cette tendance, nous assistons malheureusement à la fabrique d’une société civile ad hoc ou instrumentalisée. Sur la même lancée se profile un confinement des acteurs de la « société civile » dans le rôle d’agence d’exécution de politiques définies ailleurs, se préoccupant surtout de capter des rentes financières à l’occasion de son implication dans les programmes de développement. Cette « société civile » agit désormais par le « haut » et non plus « par le bas ». Dans ce contexte complexe où les jeux d’acteurs et les intérêts de chacun s’affirment de plus en plus, il est important non seulement d’habiliter les populations à participer à la négociation des règles du jeu, mais aussi à développer des partenariats et des espaces de concertation pour l’ensemble des acteurs : la construction de projets communs et d’espaces apaisés de régulation est aussi importante que la prise en compte de critères d’inclusion et d’équité dans l’élaboration, la mise en oeuvre et le suivi-évaluation des politiques publiques.

Pour finir ce panorama, il faut évoquer ici les incertitudes qui pèsent sur ce contexte et qui doivent faire l’objet d’une attention particulière. Nous mentionnerons trois aspects importants.

  • Le premier réside dans le risque de fragilisation des acteurs, surtout au niveau de la société civile mais pas uniquement. Ce qui, bien entendu biaiserait à nouveau les relations entre des acteurs, augmenterait l’asymétrie des rapports, et du coup influerait sur les prises de décisions et l’adoption de politiques publiques non partagées.
  • Ce phénomène induirait un second s’illustrant par le plaquage de politiques inadaptées à nos situations spécifiques. Ce dernier phénomène est de nature à renforcer l’appauvrissement de la population et produirait inéluctablement un retour en arrière en matière de développement social, politique et économique. Par ailleurs, des contraintes fortes sont à venir, si –au niveau des agences de développement- perdure et se développe la tendance à apporter des réponses techniques à des enjeux politiques.
  • Enfin nous devons nous attarder sur l’environnement du développement, car là également des phénomènes déstabilisants pourraient se consolider. Tout d’abord, il apparait inévitable qu’un probable rétrécissement du « marché du développement » produise de ce fait une concurrence plus accrue et une montée de méfiance entre les différents acteurs sociaux, hypothéquant les solidarités nécessaires à l’atteinte d’objectifs politiques communs. En outre, le maintien de l’aide « liée » ou encore le mécanisme de l’appui budgétaire comme nouveau guichet du « clientélisme d’État » sont à craindre en tant que facteurs susceptibles de plomber l’aspiration croissante des populations ouest africaine à une participation citoyenne active et la promotion d’une gouvernance plus ouverte et inclusive.

Face à ce contexte donc, il s’agit pour Enda Graf Diapol, de constituer progressivement une approche et des processus permettant de toucher et de transformer les mécanismes à la base des déséquilibres et inégalités qui touchent nos sociétés. Pour en améliorer la régulation, chacune de nos initiative cherche à développer une qualité et un engagement dans l’action des citoyens qui accompagne et pousse chaque institution (locale, nationale, régionale, internationale) à devenir progressivement conforme à sa vocation.







 

 
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